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La ville gabonaise se fabrique à plusieurs mains

La ville gabonaise se fabrique à plusieurs mains

Bâtir la ville au Gabon, c’est d’abord négocier entre des visions, des rythmes et des acteurs qui n’ont pas toujours les mêmes agendas. Loin d’un modèle imposé d’en haut, la production urbaine se joue à plusieurs niveaux, institutionnel, local, privé, communautaire, et c’est précisément cette complexité qui en fait à la fois le défi et la richesse. 


 


L’État reste le premier architecte de cette ambition collective. À travers la Présidence de la République les ministères en charge du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre et celui des Travaux publics et de la Construction, mais aussi avec celui de la Planification et de la Prospective, le gouvernement gabonais fixe le cap : schémas directeurs, règles d’aménagement, zones d’urbanisation future, projets structurants. Ce cadre national pose la vision d’ensemble, censée être adaptée à la croissance démographique. Mais une vision sans relais sur le terrain reste lettre morte. À Libreville comme dans les autres villes du pays, les communes assurent le quotidien : l’entretien des espaces publics, la coordination de proximité, le dialogue avec les habitants. Leurs moyens sont encore contraints, leur marge de manœuvre souvent limitée. La ville se transforme aussi par grands projets d’aménagement : nouvelles zones, réhabilitation d’axes routiers, programmes immobiliers, équipements publics. Ces opérations structurantes, souvent montées en partenariat avec le secteur privé, sont celles qui changent le visage des villes. Elles participent à rendre les villes gabonaises plus attractives, plus compétitives, plus lisibles pour les opérateurs économiques nationaux et internationaux. Mais à côté de ces projets formels, il y a une autre ville qui se construit, en silence, par nécessité. Des quartiers qui s’étendent, des maisons qui sortent de terre sans permis, des fonciers qui s’approprient au fil des années. Cette urbanisation spontanée est souvent perçue comme un problème. Elle est surtout un signal : celui d’une demande en logements que les circuits formels n’arrivent pas à absorber.


 


Choisir, c’est déjà aménager 


 


Une question surplombe toutes les autres, et on n’ose pas toujours la poser franchement : à quoi ressemble le Gabon urbain que l’on veut construire dans vingt ans ?


 


L’enjeu n’est pas de tout faire partout. 


 


C’est de choisir. Choisir que Franceville affirme son rôle universitaire et minier. Que Port-Gentil se structure comme pôle industriel et logistique de premier plan. Qu’Oyem devienne un véritable carrefour régional, tourné vers l’Afrique centrale. Ces choix ne se décrètent pas sur le papier : ils s’alimentent d’investissements publics cohérents, d’une décentralisation effective et d’une gouvernance foncière réformée qui donne enfin aux collectivités locales les moyens réels d’agir. Libreville restera la capitale. Elle doit le rester. Mais elle ne peut pas continuer à porter seule le poids démographique et économique d’un pays de 267 667 km². L'équilibre territorial n’est pas un luxe de planificateur, c’est une condition de la cohésion nationale. Concentrer toutes les opportunités dans une seule ville, c’est condamner les autres à n’être que des points sur une carte. On disait autrefois que gouverner, c’est prévoir. Aménager, c’est tenir le cap dans la durée, quand les priorités s’effacent, quand l’urgence du quotidien prend le pas sur le temps long.

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