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Hugues Thierry Obame-Sima, Directeur Général de la SOCOREP

Hugues Thierry Obame-Sima, Directeur Général de la SOCOREP

Depuis son bureau du 11ème étage d’où il contemple le Boulevard Triomphal, la Baie des Rois, et la Cité Émeraude, le sourire naturellement attaché aux lèvres, l’architecte se remémore ce parcours qui l’a conduit de la France au Gabon. Détaché de l’effervescence urbaine qui dessine l’avenir de la capitale, son regard est porté vers l’avenir, visionnaire. Diriger une entreprise publique chargée de bâtir et de restaurer les édifices de la République est une responsabilité qui dépasse la simple gestion. À la tête de la SOCOREP depuis sa création en 2024, Hugues-Thierry Obame-Sima porte une double casquette : celle de l’architecte passionné par son métier et celle du gestionnaire d’une société d’État chargée de concevoir, financer et piloter les grands projets d’édifices publics du pays. Il incarne une génération de dirigeants gabonais attachés à la rigueur, à la transmission et à la vision de long terme.


 


Après plus de vingt ans d'exercice en France, où il a dirigé sa propre agence d’architecture, Hugues-Thierry OBAME-SIMA a choisi de mettre son expertise au service de son pays. Un choix qui traduit autant une ambition personnelle qu’un sens aigu du devoir envers la nation. Aujourd’hui, à la tête de la SOCOREP, il conjugue vision stratégique et pragmatisme pour relever les défis d’une société d’État encore jeune, chargée de dessiner le visage architectural du Gabon de demain. Entre préservation du patrimoine et projets structurants, entre excellence technique et contraintes budgétaires, il livre sa vision sans détour. 


 


Les Echos du BTP et de l’immobilier : Quelle place occupe la préservation du patrimoine bâti dans votre stratégie? 


 


La préservation du patrimoine de l’Etat est l’une des prérogatives de la SOCOREP. Même si, pour le moment, la SOCOREP est lancée uniquement sur des projets neufs, cette dimension reste centrale dans notre vision. Nous avons sollicité auprès de la Direction Générale du Patrimoine, qui détient l’exhaustivité de la liste puisqu’elle agit comme le syndic de l’État et en constitue la véritable mémoire – un inventaire complet du patrimoine des édifices publics. Cet inventaire est encore attendu à ce jour. La stratégie globale de la SOCOREP concernant le patrimoine s’articule autour des trois axes suivants : 1 – une connaissance parfaite du patrimoine par un inventaire fiable actualisé, 2 – une programmation et priorisation par critères objectifs de sélection (valeur, état sanitaire, usage futur, impact socio-économique), 3 – Une gouvernance claire et le développement de partenariats (coopération avec les collectivités, Partenariats public-privé culturels, coopération internationale si possible).


 


Avez-vous un projet de la SOCOREP dont vous êtes particulièrement fier? 


 


En premier lieu je dois citer la cité Émeraude, débutée en 2024 et en phase d'achèvement en 2026. Mais le projet qui me plaît particulièrement en tant qu’architecte, c’est la tour de Libreville. Car il n’est pas donné à tous de vivre la construction d’un tel ouvrage. C’est une expérience inestimable et intellectuellement, c’est un chan tier d’excellence. Le projet de Cité gouvernementale, derrière l’Ambassade de Russie, est également un très beau projet à venir, ainsi que ce lui du boulevard de la transition (parallèle au boulevard triomphal en deux fois trois voies), travaillé en parfaite collaboration avec le ministère des Travaux Publics et de la Construction. Il va désenclaver le site qui a été déguerpi. La vision que j’en ai me permet d’affirmer que ce sera un très beau projet réalisé sur 3 ou 4 ans.


 


Quelles sont, selon vous, les princi pales difficultés dans la conduite des projets d’infrastructures publiques au Gabon et qu’est-ce-qui pourrait être modifié pour améliorer la qualité et l’efficacité des projets publics?


 


Cette question est vaste parce que le champ des infrastructures publiques dépasse le cadre des bâtiments. Il englobe aussi bien les routes, les ponts que les centrales électriques, etc. Je vais par conséquent répondre uniquement dans le cadre des bâtiments publics. La principale difficulté réside dans le manque de coordination entre les départements, ce qui fragmente la planification et allonge les délais de mise en œuvre. Les projets sont souvent élaborés de façon indépendante par les différentes entités sans vision unifiée ni normes homogènes. Les conséquences directes sont des retards fréquents dans l’exécution des travaux, les coûts qui dépassent souvent les budgets initiaux et les projets qui ne sont pas pleinement en phase avec les besoins réels. L’autre problématique trouve sa source dans les capacités techniques insuffisantes de plusieurs administrations publiques, notamment par l’inexistence de référentiels récents actualisés avec les nouvelles normes. Cela engendre une mauvaise estimation des coûts et une faible maîtrise des risques techniques, financiers et environnementaux. Autres effets négatifs : la corruption, la fraude et l’opacité des marchés.


 


Le secteur évolue rapidement. Quelles innovations ou nouvelles pratiques vous paraissent aujourd'hui incontournables ? 


 


Pour livrer mieux, plus vite et avec moins de risques, il faudrait passer du BIM « maquettes 3D » au BIM « de pilotage ». Le BIM, pour ceux qui ne sont pas du domaine, est la Modélisation des Informations du Bâtiment. Le virage à prendre serait l’adoption des BIM 4D (phasage et délais), BIM 5D (coûts et quantités) et BIM 6D (exploitation et maintenance) dès la conception des projets. Cette évolution sera incontournable parce qu’elle permettra, pour les projets structurants de types hôpitaux, écoles, bâtiments administratifs, de réduire drastiquement les erreurs de conception, maîtriser les avenants et les délais et disposer d’un bel outil de dialogue maîtrise d’ouvrage/maîtrise d’œuvre/entreprises/ bailleurs.

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