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Des villages à la ville, une histoire inachevée

Des villages à la ville, une histoire inachevée

Avant même que le Gabon ne devienne un État, son territoire était déjà organisé. Pas de grandes cités, certes, mais des ensembles de villages structurés, reliés par des réseaux d’échanges denses, commerciaux, culturels, diplomatiques, entre peuples locaux, puis avec les Européens. Ce n’était pas un espace vide. C’était un équilibre. Un équilibre que, curieusement, l’hymne national gabonais semble encore porter en lui : La Concorde. Un mot qui dit tout : l’harmonie entre groupes, la cohésion dans la diversité. Un idéal fondateur qui n’a jamais vraiment trouvé sa traduction spatiale. Car c’est bien là que tout commence : dans la difficile rencontre entre un territoire pensé selon une logique locale, réticulaire et décentralisée, et un modèle colonial qui va progressivement redessiner la structure de fond en comble.


 


Fondée en 1849, Libreville a 177 ans : l’organisation urbaine du Gabon précède l’indépendance, et elle porte encore les traces de cette antériorité. La colonisation n’a pas immédiatement détruit les structures préexistantes. Elle les a contournées, intégrées, puis absorbées. Les villages mpongwè de Louis, Glass, Toulon, Quaben ou Montagne Sainte ne disparaissent pas du jour au lendemain. Ils coexistent avec l’administration française, puis se fondent progressivement dans le tissu urbain en devenant des quartiers, perdant au passage leur logique communautaire au profit d’un fonctionnement urbain régi par des règles foncières administratives. C’est la géographie, aussi, qui dessine les premiers choix d’implantation : l’estuaire du Komo, ses berges, ses accès naturels à la mer orientent les installations coloniales. Ports, entrepôts, centres administratifs : tout se concentre sur la façade atlantique. L’intérieur du territoire reste longtemps à l’écart, traversé mais non structuré. Une économie d’exportation n’a pas besoin de villes intérieures, elle a besoin de points de collecte et de rupture de charge. 


 


Les premiers outils, entre ambition et improvisation 


 


Plusieurs essais de planification pour la ville de Libreville ont été mis en œuvre : le plan colonial de 1939, le plan Pottier de 1962, le plan Olivo-Prass de 1965. L’intention est là. Mais ces documents, conçus de l’extérieur et sans véritable ancrage dans les réalités locales, peinent à s’imposer. Une limite structurelle s’y ajoute : aucune réserve foncière n’est constituée pour les mairies. Le foncier reste dans les mains de l’État, laissant les communes sans levier réel pour maîtriser leur développement.


 


Les mairies gèrent, appliquent, contrôlent, sans pouvoir planifier. Le Transgabonais, inauguré en 1986, a représenté une tentative de rééquilibrage territorial en reliant le grand Libreville à Franceville par le rail. Mais sans politique urbaine coordonnée à l’arrivée, les villes de l’intérieur ne décollent pas vraiment.


 


La rente pétrolière, une occasion manquée 


 


L’arrivée du pétrole dans les années 1970 n’a fait que renforcer le modèle existant. D’une économie extractive coloniale centralisée, on est passé à une économie pétrolière centralisée. Les revenus abondent, mais la planification urbaine reste en retrait. Libreville grossit : 27 000 habitants à l'indépendance, près d’un million aujourd’hui selon les estimations de l’ONU. La ville s’étend au sud, au nord, absorbe les communes voisines pour former un continuum urbain avec Owendo, Akanda et en partie Ntoum, sans que ce continuum n’ait jamais été vraiment planifié comme tel. Les outils existent pourtant. Le Schéma Directeur d’Aménagement et d'Urbanisation (SDAU) (2005 puis 2010, actualisation en cours depuis 2023) et le Plan d’occupation des sols (POS) (en phase de transition depuis 2019) encadrent théoriquement le développement spatial. Le schéma d’Akanda, formalisé en 2013 avec son Plan de Développement Local, montre la vi sion. Mais entre le document et la réalité du terrain, l’écart reste immense. La croissance démographique va plus vite que les révisions des plans.

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